Déterminés à faire entendre la voix d’Israël.
Manfred Gerstenfeld interviewe Kees van der Staaij, leader du SGP pro-israélien au Parlement néerlandais.
“La base du SGP, un Parti Protestant Hollandais, ressent un lien fort envers Israël, depuis longtemps. La Bible, l’Etat d’Israël et le Peuple Juif occupent une place toute particulière, chez nous. Cette relation semble s’être encore renforcée au cours des dernières décennies. Cela va au-delà du rôle important que tient la Bible dans nos consciences. La création de l’Etat d’Israël a provoqué une accélération, dans notre façon de penser ».
Cornelis Gerrit (Kees) van der Staaij, avocat, est né en 1968. En 1998, il a été élu député à la Chambre Basse du Parlement néerlandais, en tant que représentant du SGP. Il en est le leader depuis 2010.Le SGP détient 3 des 150 sièges du Parlement hollandais.
“Actuellement, il y a plus d’hostilité, aux Pays-Bas et ailleurs, contre Israël, qui est, de façon très unilatérale, accusé de tous les torts. Même le droit à l’existence d’Israël est contesté. De plus, l’antisémitisme aux Pays-Bas est en augmentation.
“Ces évolutions nous conduisent à donner à Israël une place particulière dans l’agenda de notre parti et à faire de son soutien l’une de nos toutes premières priorités. Autant aux Parlement néerlandais qu’européen, nous consacrons une part essentielle de notre attention à Israël. Au cours de la période parlementaire écoulée, notre eurodéputé Bas Belder a présidé la délégation du Parlement européen en Israël.
“L’attitude négative croissante envers Israël nous rend même plus résolus à nous assurer qu’on entende aussi la version de l’histoire selon Israël. C’est essentiel, étant donnée la désinformation des médias. Tout reportage sur Israël est souvent entaché de préjugés.
“Je considère qu’il est important de se rendre en visite en Israël et d’avoir des contacts réguliers avec d’autres députés pro-israéliens. Nous nous rassemblons au sein d’un caucus mondial. Nous avons participé à ses conférences de New York et en Israël. Cela s’est avéré extrêmement enrichissant d’échanger sur nos expériences et de discuter sur ce qui peut être fait pour combattre l’antisionisme.
“En mars 2014, le Parlement hollandais a accepté ma proposition de promouvoir les échanges commerciaux avec Israël. Il a chargé le gouvernement néerlandais de faire savoir clairement, de façon transparente et convaincante, qu’il encourage les relations économiques et la coopération entre les entreprises et les institutions hollandaises et israéliennes. Cela a constitué une mesure concrète en créant un contrepoids contre la politique de dissuasion qui sévit dans ce domaine.“Concernant l’antisémitisme aux Pays-Bas, je serais très heureux si une vaste étude ciblée était menée. Cependant, une minorité politique s’oppose à cela et ne se réfère qu’aux études passées et en cours. Si, à l’avenir, se présentait une opportunité politique pour l’éclosion d’une telle recherche, je l’encouragerais.
“Il est important qu’on ait un aperçu sur les fondements de l’antisémitisme et les préjugés qui en sont l’origine. D’autant plus que le CIDI, l’observatoire hollandais de l’antisémitisme indique que l’antisémitisme aux Pays-Bas devient plus intensif et brutal. L’internet joue un rôle déterminant dans ce tableau. Le seuil de ce qui peut s’exprimer publiquement est, aujourd’hui, bien plus bas qu’il ne l’était auparavant.
“Aux Pays-Bas, on a tendance à diluer le problème de l’antisémitisme dans une sorte de politique générale contre les discriminations. Si on n’y prend garde, on ne pourra plus se concentrer spécifiquement sur l’antisémitisme. Et toute lutte en deviendra d’autant plus inefficace. Nous avons un devoir absolu de nous assurer que les Juifs puissent se sentir chez eux et en sécurité aux Pays-Bas. Je veux faire un effort en ce sens, parce que je trouverais que c’est une honte si jamais ce n’étais pas le cas.
“Nous devons, aussi, lier l’antisémitisme à la politique d’absorption des immigrés. Des personnalités-ressources, au sein de la communauté musulmane, capables d’apporter une contribution importante, devraient s’engager dans le combat contre l’antisémitisme. Malheureusement, il est très difficile de trouver les bonnes personnes, à même de parler avec eux et d’avoir une quelconque influence. Je suis favorable à des programmes qui poussent les gens à se regarder dans les yeux les uns des autres. Ce peut être très efficace.
“Il existe un grand malaise, au sein de la société néerlandaise, quant à la surreprésentation des Marocains et des Antillais dans les statistiques criminelles. On doit traiter cette question de façon plus structurée. La meilleure manière de s’y attaquer est de faire en sorte que leurs communautés prennent leurs responsabilités, pour que ces configurations puissent diminuer de façon drastique.
“Un autre problème est que, du fait du “mode de penser conformiste » laïc, les minorités sont mises sous pression. Il n’existe plus de sentiment religieux. Concernant l’abattement rituel et la circoncision, il y a une tendance significative à imposer l’opinion laïque commune à tous. L’une des valeurs laïques en vogue est une sensibilité exagérée envers tout ce qui concerne l’animal. C’est une tendance nette de ces dernières années.
“Aux Pays-Bas, il y a aussi une “liberté de penser” extravagante. La société néerlandaise est effrayée à l’idée de devoir choisir son camp. Notre parti fait un effort considérable pour parler des persécutions religieuses dans les pays arabes. Les Chrétiens et les Juifs en souffrent énormément. Nous pensons qu’on doit présenter les problèmes de façon explicite. J’ai entendu de la bouche de Musulmans radicaux très cultivés, ayant grandi aux Pays-Bas, que si un Musulman change de religion (apostasie), il est parfaitement justifié de lui trancher la gorge. Une société bien ordonnée ne devrait pas permettre qu’on puisse le déclarer ni le penser, même si ce n’est qu’une opinion ».
Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski.