Le poids de l’équipe Obama dans l’antisionisme ambiant

Le poids de l’équipe Obama dans l’antisionisme ambiant

Les tensions entre l’Administration Obama et le gouvernement Netanyahu ont-elles conduit à une augmentation de l’anti-Israélisme et de l’antisémitisme américain et cette crise a t-elle stimulé la tendance à la délégitimation d’Israël? Bien qu’on ne puisse pas répondre scientifiquement à ces questions, divers facteurs presents peuvent nous aider à réfléchir sur ce sujet.

Le principal problème repose, probablement, sur l’attitude, souvent intentionnellement négligente d’Obama, envers les crimes majeurs qui surviennent de larges franges du monde musulman. Ce comportement déformant s’est manifesté depuis le début de son mandat jusqu’à aujourd’hui.

L’une des expressions les plus absurdes de cette posture d’Obama s’est révélée en 2014, alors que les tueries de masse et les décapitations qui se déroulaient en Irak et en Syrie, commises par l’organisation islamiste extrémiste de Daesh, s’attiraient une large publicité. Certains observateurs, dont Obama, ont commencé à taxer l’EI d’être l’incarnation du mal absolu[1]. Dans un discours à propos de ce mouvement, Obama éprouvait, cependant, le besoin de préciser que Daesh n’était “pas islamique” et il ajoutait : “Aucune religion n’approuve le meurtre d’innocents[2] ”.

Le sentiment d’Obama était partagé par le Premier Ministre britannique David Cameron, qui déclarait, à propos de l’Etat Islamique : “Ils se vantent de leur brutalité. Ils prétendent le faire au nom de l’Islam. C’est absurde. L’Islam est une religion de paix. Ce ne sont pas des Musulmans, ce sont des monstres[3]”.

Alors que Platon évoquait le roi-philosophe, Obama et Cameron semblent introduire un concept parallèle – celui du dirigeant politique-théologien. C’est un exploit particulièrement remarquable, puisqu’ils sont fondés à faire référence à la théologie de l’Islam, alors même qu’ils ne sont eux-mêmes pas Musulmans.

L’expert américain en terrorisme Andrew C. McCarthy souligne que :

Néanmoins, cette perception selon laquelle l’Etat Islamique est quelque chose d’inédit, de différent et d’abbérant, quand on le compare à la menace islamique suprématiste que nous subissons depuis trois décennies est, à la fois fausse et, peut-être, dangereuse. La décapitation n’a rien d’une nouvelle méthode terroriste jihadiste, et elle est bien loin d’être une exclusivité de l’Etat Islamique. Effectivement… elle a récemment été remise en usage, de la part d’éléments islamiques suprématistes de l’Armée Syrienne Libre, soutenue par les Etats-Unis, contre l’Etat Islamique[4].

En déclarant l’Etat Islamique comme “an-islamique”, Obama fournit une couverture à l’Islam génocidaire. L’attitude adoptée envers le Hamas est un tout autre exemple de blanchiment de ce qu’on ne peut qu’appeler l’Islamonazisme, de la part de l’Administration américaine. L’Administration Obama considère le Hamas comme un membre souhaitable du gouvernement palestinien d’unité[5]. On peut rappeler que, dans sa charte officielle, le Hamas appelle au massacre de tous les Juifs, pour l’amour et le bon Plaisir d’Allah[6]. Au cours de l’opération Bordure Protectrice de l’été dernier, les dirigeants du Hamas ont réitéré cet appel  à tuer tous les Juifs[7].Obama continue de détourner les yeux de tout problème que poserait le Hamas. Lors d’une interview avec Thomas Friedman, pour le New York Times, il déclare ainsi : “D’une certaine façon, Bibi [Netanyahu] est trop fort et, d’autre part, Abbas est trop faible pour qu’on puisse les réunir et parvenir à ce genre de décisions audacieuses auxquelles souhaitaient aboutir l’ancien Président Anouar Al Sadate, Begin ou Rabin[8]”. Il s’agit là d’une comparaison radicalement erronée qu’il se permet d’introduire. Derrière Abbas et son mouvement du Fatah, se tient un puissant movement isalmonazi, le Hamas, qui est bien plus populaire que ne l’est le Fatah, parmi les Palestiniens. Le Hamas a remporté la majorité parlementaire au cours des seules élections palestiniennes, celles de 2006. Sadate, cela dit, représentait, quant à lui, l’administration égyptienne légitime.

Les inconvénients de la vision déformante d’Obama, concernant le monde musulman étaient déjà évidents,lors de son discours du Caire en 2009. Obama exprimait sa repentance, une politique d’apaisement et sous-estimait totalement la prévalence d’une criminalité exacerbée en de nombreuses régions du monde musulman. Le Président américain appliquait des normes à deux vitesses, par l’omission de nombreux faits d’importance. Il disait qu’il était temps de mettre un terme aux implantations israéliennes. Il préférait ne pas souligner, en retour, “qu’il est grand temps, pour l’Egypte et beaucoup d’autres états musulmans de mettre fin à l’incitation antisémite meurtrière contre les Juifs”. Obama, Chrétien auto-proclamé, ne mentionnait pas la persécution continuelle ni l’incitation contre les Chrétiens qui a lieu dans une grande diversité de pays musulmans. Il passait même sous silence les principaux intérêts américains, en ce qui concerne le fait que “Depuis le début de ce siècle, nous avons assisté à un attentat terroriste sans précédent dans l’histoire, le 11 Septembre, qui était le fruit des convictions islamiques et religieuses de criminels sans vergogne”.

Les problèmes incessants et les dangers émanant du Monde Musulman constituent les sujets principaux de la géopolitique, ils menacent la vie-même des démocraties occidentales et la paix mondiale. Pourtant, lorsqu’Obama s’adresse à l’Assemblée Générale des Nations Unies, en 2013, il declare : “Dans le court terme, les efforts diplomatiques de l’amérique se concentreront sur deux sujets particuliers : la quête d’armes nucléaires par l’Iran et le conflit israélo-arabe. Bien que ces sujets ne soient pas la cause unique de tous les problèmes de la region, ils sont une source majeure d’instabilité depuis bien trop longtemps, et les résoudre peut contribuer à renforcer les fondations d’une paix bien plus vaste”. Ainsi, une majeure partie de son discours s’est consacrée au conflit palestino-israélien, au lieu de se focaliser sur les problèmes bien plus étendus qui se donnent libre cours [9].

Il n’a, cependant, pas pris si longtemps à Obama pour décider que les Etats-Unis doivent se ré-engager militairement en Irak, dans le but de combattre l’Etat Islamique. L’engagement militaire américain a, ainsi, été étendu à la Syrie, où l’armée américaine n’était pas impliquée auparavant. Pourtant, l’Administration Obama fait silence –sauf sur les sujets concernant l’Iran nucléaire- sur les très nombreux aspects menaçant le monde, à cause d’une multitude d’évolutions dans le monde islamique.

Un dirigeant juif américain avec lequel nous avons discuté, hors micro, a aussi mentionné cette connexion musulmane. Il disait : “Le fait de cogner contre Israël, de la part de gens proches de l’Administration contribue effectivement, si ce n’est explicitement, à générer un climat qui facilite le dénigrement d’Israël sur les Campus, et à un degré moindre, au sein des cercles des Eglises. Il n’échappe, non plus, à personne que l’Administration, de façon plus large, perçoit d’un bon oeil les Frères Musulmans, avec lesquels l’Amérique pourrait faire des affaires – ce qui a, effectivement, fourni au Hamas un second souffle”.

Il ajoutait : “C’est comme pour l’antisémitisme. L’administration n’a pas poussé le Département de la Justice à enquêter sur les incidents antisémites. La Justice d’Obama s’est foncièrement focalisée sur la question des races. Sur le plan positif, il y a le sérieux de la voie choisie par Ira Forman, l’envoyée spéciale sur l’antisémitisme, dans la façon dont elle poursuit son mandat”.

Il serait excessivement difficile, pour les universitaires et d’autres boycotteurs d’Israël, de faire des progrès si Obama et son administration étaient honnêtes, concernant les énormes menaces pour l’humanité qui proviennent de vastes parties de l’Islam. Les boycotteurs auraient facilement été dénoncés comme les antisémites qu’ils sont, parce qu’ils auraient justement été perçus comme se consacrant à ce qui ne représente qu’un problème marginal, alors que le monde civilisé est à la recherché de réponses aux perils venant de ces regions vastes de l’Islam. Ces risques concernent la violence extreme, le Jihadisme, le prosélytisme, la chasse aux Chrétiens d’Orient, la discrimination des femmes, l’esclavage, pour ne mentionner qu’une selection limitée de sujets de préoccupations.

Des insultes d’un official de l’Administration Obama, désignant Netanyahu comme “une poule mouillée et d’autres expressions dégradantes du même tonneau, signalées par le journaliste américain J.J. Goldberg n’auraient pas eu, à ce point, droit de cite, si le centre de l’attention de l’Administration se situait sur les crimes en provenance des sociétés musulmanes[10]. Ces declarations auraient été perçues, avec justesse, comme des aberrations de gens qui n’auraient jamais dû entrer au service de l’Administration américaine.

La réponse à cette question, par consequent, semble bien être que l’Administration Obama promeut, effectivement, la délégitimation d’Israël et provoque bien l’anti-israélisme. Cependant, cela n’est pas tant dû, principalement, à une certaine ambiguïté de sa position à l’égard d’Israël, qu’aux consequences de son blanchiment de beaucoup des crimes majeurs survenant de vaste parties du monde islamique.

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld est membre du Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem, qu’il a présidé pendant 12 ans. Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

Notes :

[1] Rukmini Callimachi, “Obama Calls Islamic State’s Killing of Peter Kassig ‘Pure Evil,’” The New York Times, 16 November 2014.

[2] “Statement by the President on ISIL,” The White House, 10 September 2014.

[3] https://www.youtube.com/watch?v=IFmCkJ92DRw.

[4] Andrew C. McCarthy, “The Islamic State is Nothing New,” National Review Online, 3 September 2014.

[5] Lesley Wroughton and Patricia Zengerle, “Obama administration to work with Palestinian unity government,” Reuters, 2 June 2014.

[6] “Hamas Covenant 1988,” Yale University, 2008.

[7] Michael Wilner, “For Gaza critics, lessons from ISIS on genocide,” The Jerusalem Post, 9 August 2014.

[8] Thomas L. Friedman, “Obama on the World,” The New York Times, 8 August 2014.

[9] Remarks by President Obama in Address to the United Nations General Assembly, The White House, 24 September 2013.

[10] Jeffrey Goldberg, “The Crisis in U.S.-Israel Relations Is Officially Here,” The Atlantic, 28 October 2014.

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